Dans ce nouvel opus de "Conseils aux compétiteurs", Eric Ferrazzi, cordeur de l'équipe de France de Billie Jean King Cup, nous éclaire sur les spécificités techniques des raquettes de tennis.
Comment choisir une raquette de tennis adaptée à ses besoins ? La question n'est pas nouvelle, loin de là. Mais dans un univers toujours plus riche, avec une offre commerciale toujours plus nombreuse, elle est toujours plus difficile à répondre.
Parmi le dédale de chiffres qui accompagnent les fiches produits des raquettes, on peut facilement se perdre. Pour vous aider à vous y retrouver, nous avons fait appel à Eric Ferrazzi, nouveau cordeur de l'équipe de France de Billie Jean King Cup qui s'apprête à défier (du 7 au 11 avril au Portugal) la Roumanie, la Lettonie et la Norvège en zone Europe du Groupe 1.
Le Lyonnais, qui est également préparateur de raquettes, nous décrypte les "specs" le plus souvent communiqués par les marques. En rappelant deux éléments essentiels :
1) Dans une raquette, tous les éléments sont liés les uns aux autres. Dès lors que l'on touche à un élément, un autre s'en trouve automatiquement modifié.
2) Ce qui compte avant tout, c'est le couple raquette/cordage. L'occasion de relire ici nos conseils pour bien choisir son cordage, et accessoirement sa tension.
Maintenant que vous avez toutes les cartes en main, vous pouvez y aller : faites le bon choix !
1) La longueur
Si la plupart des raquettes font 68,5 cm, on peut trouver des modèles mesurant jusqu'à 73,7 cm (29 pouces), soit la longueur maximale autorisée. Une raquette plus longue a pour avantage d'augmenter l'amplitude et le bras de levier, donc (en théorie) la puissance. Elle peut ainsi être une option intéressante pour les petits gabarits ou les jeunes joueurs… mais pas trop jeunes non plus, car il faut pouvoir la manier.
D'ailleurs, on trouve pas mal d'exemples de grands champions qui ont popularisé les raquettes rallongées, comme Michael Chang, Marion Bartoli ou Serena Williams. Cela peut donc convenir à des joueurs de tout âge, de tout niveau et même de toute morphologie.
L'avis d'Eric Ferrazzi : "Une raquette rallongée est effectivement plus puissante, mais seulement si on est capable de la faire voyager dans l'air à la même vitesse qu'une raquette plus petite. Car à partir du moment où on allonge la longueur, il y a une incidence sur l'impact et sur la bonne distance à trouver. Il y a également une modification de l'équilibre, avec un poids en général un peu plus en tête."
© Clément Mahoudeau / FFT
Bien choisir sa raquette, c'est important pour tous les âges et à tous les niveaux.
2) Le poids
Exprimé en valeur non cordée, le poids des raquettes commercialisées oscille entre 250 grammes et 320 grammes. Certains pros montent jusqu'aux environs de 340 grammes avec une préparation spécifique qui reste déconseillée aux amateurs. Car manier une raquette lourde demande de la technique et, bien sûr, une certaine musculature.
Cela dit, définir le poids de la raquette n'est pas, là non plus, uniquement une question de niveau ou de morphologie. Carlos Alcaraz joue ainsi avec un modèle très léger par rapport aux standards du circuit (305 g). C'est plutôt, au final, une question de savoir où l'on veut mettre le curseur entre la puissance contrôlée (raquette lourde) et la maniabilité (raquette légère).
L'avis d'Eric Ferrazzi : "Il ne faut pas voir le poids comme un ennemi mais comme un allié, car il amortit les vibrations néfastes et permet à la raquette d'être plus stable. Le souci, c'est qu'une raquette plus lourde est moins maniable. Au bout d'un moment, elle peut peser sur le bras, avoir un impact sur la biomécanique et créer des blessures. Pour les jeunes notamment, il faut faire attention. En 4ème série, il vaut mieux en général privilégier la maniabilité."
3) L'équilibre
Il y a le poids… et il y a la répartition du poids. C'est ce qu'on appelle l'équilibre, exprimé en centimètres, qui correspond à la mesure entre le bas du manche et le centre de gravité de la raquette. Si une raquette de 68 cm trouve son point d'équilibre à 34 cm, elle est parfaitement neutre. Plus le chiffre est haut, plus le poids est en tête, donc plus la raquette est puissante (au détriment d'un certain contrôle). Et vice-versa.
Les pros, qui génèrent beaucoup de puissance, s'orientent plus volontiers vers des modèles en manche (ou équilibrés), justement pour canaliser cette puissance. Pour les amateurs, encore une fois, tout est question de savoir où l'on veut mettre le curseur.
L'avis d'Eric Ferrazzi : "Pour comprendre le principe de l'équilibre, on peut comparer la raquette à un marteau. Si le poids du marteau est plutôt en manche, on va rarement rater le clou mais on va avoir plus de mal à l'enfoncer dans le mur. En revanche, si le poids est dans la masse, on aura plus de puissance mais on risque de plus souvent se taper sur les doigts. A la volée, je dirais qu'il vaut mieux une raquette plus maniable, donc plutôt en manche."
© FFT
L'équilibre de la raquette est un donnée cruciale.
4) La taille du tamis
La surface de tamis va de 610 cm2 à 740 cm2 (voire plus), dans la limite de la largeur maximale autorisée pour une raquette (31,7 cm). L'équation est simple : plus le tamis est grand, plus la raquette génère de la puissance, au détriment du contrôle. Car plus la surface de corde est grande, plus elle se déforme à l'impact : par un effet trampoline, elle propulse la balle avec plus de vitesse, mais moins de précision.
Si la plupart des professionnels sont aujourd'hui entre 632 cm2 et 645 cm2 (soit entre 98 et 100 square inches, en valeur anglo-saxonne), chez les amateurs, c'est très variable selon l'âge et le niveau.
L'avis d'Eric Ferrazzi : "Les seniors apprécient en général les grands tamis qui ont aussi pour intérêt d'augmenter le sweetspot, la zone de frappe idéale. Pour un jeune adulte qui débute la compétition, un cadre de 660 cm2 est un très bon compromis, donnant à la fois de la souplesse et de la puissance facile. Mais ce type de cadre est souvent assez léger. A partir d'un certain niveau, on peut avoir des besoins différents."
© JCC / FFT
Corder, c'est tout un art !
5) La rigidité
C'est la faculté de la raquette à se déformer plus ou moins à l'impact. Exprimé en RA, comme indice de Rahmen (qui signifie "cadre" en allemand), la rigidité se calcule en fixant une raquette au niveau du manche puis en exerçant une masse sur le tamis. On mesure alors tout simplement la flèche de déformation de la raquette. Sur une échelle de 0 à 100, si la raquette descend de 30 mm, son RA est estimé à 70. Si elle descend de 40 mm, le RA est de 60.
Ainsi, plus le RA est élevé, plus la raquette est rigide. Et plus la raquette est rigide, plus elle est puissante (contrairement à une idée parfois reçue, les raquettes les plus souples sont les moins faciles à jouer). Extrêmement souples à l'époque où elles étaient en bois, les raquettes actuelles présentent un indice de rigidité généralement compris entre 60 et 70.
L'avis d'Eric Ferrazzi : "La rigidité d'une raquette se détermine au moment de la cuisson des couches de carbone dans le moule : une fois que c'est fait, on ne peut plus la modifier à la préparation, contrairement au poids ou à l'équilibre. C'est donc une donnée à bien choisir. Globalement, les joueurs cherchant à compenser un manque de puissance ont intérêt à s'orienter vers des modèles rigides, avec un RA élevé."
6) La section
Exprimée en millimètre, la section correspond à l'épaisseur du cadre, qui n'est parfois pas la même en tête, sur le profil ou au niveau du cœur (raison pour laquelle trois chiffres, compris entre 20 et 30 mm, sont généralement communiqués). La section a un lien direct avec la rigidité : plus elle est épaisse, plus le cadre est rigide, donc puissant ; plus elle est fine, plus le cadre est souple, donc orienté contrôle.
L'avis d'Eric Ferrazzi : "Au-delà de son épaisseur, la forme du cadre a une grande influence. Une section rectangulaire va être naturellement plus souple qu'une section arrondie, qui aura des propriétés plus rigides. A noter qu'on trouve aujourd'hui des modèles hybrides, avec des sections de formes différentes selon l'endroit du cadre."
© Pauline Ballet / FFT
De nombreux type de raquettes existent aujourd'hui, il convient de bien se renseigner.
7) Le swingweight
Contrairement aux données de poids, d'équilibre ou de rigidité qui sont des mesures statiques, le swingweight (littéralement : poids en mouvement), lui, est une donnée dynamique, qui se calcule en faisant osciller la raquette. Exprimé en kilogrammes par cm2 (généralement entre 280 et 340), il donne une indication de la répartition de la masse d'une raquette en mouvement, donc de sa force d'inertie.
Plus le swingweight est élevé, plus la raquette renvoie une grande énergie cinétique. Elle est donc potentiellement plus puissante, mais moins maniable. En deçà d'un certain niveau, il est préférable de s'orienter vers un swingweight moins élevé, pour privilégier le confort.
L'avis d'Eric Ferrazzi : "Même si elle est encore un peu moins souvent communiquée, cette donnée est très importante car elle inclut, en quelque sorte, toutes celles dont on a parlé auparavant. Deux raquettes d'un poids et d'un équilibre identiques peuvent avoir un swingweight différent, selon l'endroit précis du cadre où la masse est répartie."
8) Plan de cordage
Même s'il y en a d'autres, les deux plans de cordage les plus fréquents sont les 16x19 (16 montants, 19 travers) ou les 18x20. Là encore, l'équation est simple : plus le plan de cordage est espacé, plus la raquette génère de la puissance et des effets, car les cordes bougent davantage à l'impact, ce qui provoque un effet catapulte plus important. A l'inverse, un plan de cordage plus dense donne plus de contrôle et de stabilité
L'avis d'Eric Ferrazzi : "Même si le temps de contact entre la balle et le cordage ne dure que quatre millisecondes, il y a une forte déformation à la frappe. Le choix du plan de cordage a donc une incidence mais il n'est pas vraiment en lien avec l'âge ou le niveau. C'est vraiment une question de sensations personnelles."










