Pic et vitesse de croissance : comment optimiser l’entraînement et prévenir les blessures chez les jeunes sportifs ?

La croissance de l’enfant et de l’adolescent constitue une étape clé dans le développement du jeune sportif. Il s’agit d’une période durant laquelle le corps se transforme rapidement, parfois plus vite que le système neuromusculaire n’est capable de s’y adapter et d’assurer un contrôle efficace des mouvements. Cette situation est particulièrement marquée autour du Pic de Vitesse de Croissance (PVC), une phase caractérisée par une augmentation très rapide de la taille sur un laps de temps relativement court.

Avant le PVC, lorsque la croissance est lente (<3,0 cm/an), le risque de blessure demeure généralement faible. En revanche, à mesure que l’on s’en approche, puis pendant et après celui-ci, notamment lorsque la croissance devient moyenne (entre 3,0 et 7,2 cm/an) ou rapide (> 7,2 cm/an), ce risque augmente nettement (Monasterio et coll., 2024). Cette évolution s’explique par l’interaction de facteurs morphologiques, neuromusculaires, mécaniques et physiologiques, dont l’expression varie selon le sexe et le stade de maturation.

Le PVC : une période de grands changements corporels

Pendant le PVC, la croissance ne se déroule pas de manière homogène. Les membres inférieurs s’allongent d’abord, suivis par la taille, puis par le tronc (Mirwald et coll., 2002). Cette désynchronisation modifie temporairement les proportions corporelles et entraîne un déplacement du centre de masse, ainsi qu’une modification des bras de levier biomécaniques. Les repères habituels du jeune sportif s’en trouvent perturbés. Il en résulte souvent une phase de maladresse motrice : la coordination devient moins précise, les appuis moins stables et le contrôle des gestes plus difficile (Lloyd et coll., 2014). Dans ce contexte, si les charges d’entraînement restent identiques à celles d’avant la croissance rapide, les contraintes mécaniques appliquées aux structures musculo-articulaires peuvent dépasser les capacités de contrôle du sportif, augmentant potentiellement le risque de blessure.

Des différences selon le sexe

Chez la fille, le PVC statural survient généralement autour de 12 ans et s’accompagne d’une augmentation de la masse corporelle. Cette évolution est majoritairement liée à une hausse de la masse grasse, tandis que la masse musculaire relative tend globalement à se maintenir, avec parfois une légère diminution transitoire (Malina et coll., 2004). Il en résulte une baisse du rapport masse/puissance, ainsi qu’une augmentation des contraintes exercées sur les structures passives, sans que la capacité de production de force n’évolue au même rythme.

La puberté s’accompagne également de modifications morphologiques, notamment un élargissement du bassin et une augmentation de l’angle Q (angle entre le bassin et le tibia). Ces adaptations favorisent une orientation du genou vers l’intérieur (valgus), en particulier lors des tâches à forte contrainte telles que les sauts, les réceptions ou les changements de direction (Hewett et coll., 2004). Associées à une laxité ligamentaire accrue sous l’effet des oestrogènes, elles diminuent la stabilité articulaire et expliquent une exposition plus importante aux blessures ligamentaires, notamment du ligament croisé antérieur (Hewett, 2000).

Chez le garçon, la croissance staturale précède généralement le développement de la masse musculaire, avec un décalage d’un à deux ans (Mirwald et coll., 2002). Il en résulte une phase transitoire durant laquelle l’adolescent est plus grand, mais encore relativement peu musclé. Cette discordance entre la longueur des segments et la capacité de production de force limite le contrôle des mouvements et la stabilisation des segments corporels. Elle peut notamment fragiliser la région lombo-pelvienne et le rachis. Des déséquilibres posturaux peuvent apparaître (hyperlordose, cyphose ou scoliose fonctionnelle). Cependant ces changements posturaux ne sont pas nécessairement (voir rarement) associées à des douleurs de la zone lombo-pelvienne. Dans le cas d’apparition de douleurs lombaires ou dorsales, celles-ci doivent être considérées comme des signaux d’alerte nécessitant une adaptation immédiate des contenus d’entraînement.

Fatigue et récupération autour du PVC

Autour du PVC, les capacités physiologiques évoluent également. On observe notamment une diminution transitoire de la capacité d’endurance qui se traduit par une fatigabilité accrue à l’effort ainsi qu’une récupération post-effort moins efficace (Ratel et al., 2008). Ainsi, des exercices auparavant bien tolérés deviennent plus exigeants, en particulier dans un contexte où la coordination est déjà perturbée et où les contraintes mécaniques augmentent. Le risque de blessure tend alors à s’élever en fin de séance ou lors d’efforts répétés prolongés lorsque la fatigue altère le contrôle moteur (thèse Maxime Violin, données en cours de publication). Par ailleurs, la puberté s’accompagne d’une récupération cardiaque plus lente après l’effort (thèse Lorys Gallet, données en cours de publication ; Dupuy et al., 2022). Cela réduit la capacité à enchaîner des efforts intenses avec des temps de récupération courts, un paramètre à intégrer dans la planification des séances.

Déséquilibres et asymétries liés à la croissance

La croissance rapide associée à une activité asymétrique comme le tennis peut accentuer les asymétries entre le côté dominant et le côté non dominant (Lopez-Valenciano et coll., 2023). Ces asymétries augmentent les contraintes unilatérales, favorisent les compensations et exposent davantage aux blessures de surcharge. Par ailleurs, la croissance s’accompagne fréquemment de déséquilibres musculaires : les muscles les plus sollicités ont tendance à se raidir et à se raccourcir, tandis que les muscles antagonistes présentent souvent un déficit de force, notamment dans leur capacité excentrique à freiner le mouvement. Ce déséquilibre altère la stabilité articulaire et réduit la capacité du système musculo-tendineux à absorber les contraintes. Sans prise en charge spécifique, le risque de blessure peut s’en trouver accru.

Le suivi de la croissance, de sa vitesse et du PVC constitue un outil essentiel pour adapter l’entraînement des jeunes sportifs. Adapter ne signifie pas entraîner moins, mais entraîner différemment. Il s’agit d’ajuster les contenus, les intensités et les temps de récupération en fonction du stade de maturation, du sexe et des capacités fonctionnelles réelles de l’athlète.

Pour l’entraîneur, intégrer ces principes permet non seulement de réduire le risque de blessure, mais aussi de favoriser un développement physique plus équilibré et une progression durable de la performance.

Par Sébastien RATEL, Marie-Florine MICHEL, Jean-Marc DUBOSCQ, Cédric LEDUC & Vincent GUILLARD

Pour aller plus loin…

Ouvrages de référence (en français)

  • Blancon, T. De l’explosivité neuromusculaire à la pliométrie, Editions INSEP, 2023.
  • Ratel, S. Préparation physique du jeune sportif, Éditions Amphora, 2018.
  • Terzi, O. Les lésions méconnues du jeune sportif, Éditions stretchconcept, 2020.

 Références scientifiques (en anglais)