Au cœur du jeu : Felix Balshaw, le revers à une main comme étendard

Rémi Bourrières

28 octobre 2026

Pour cette nouvelle saison 2026/2027, notre rubrique "Conseils aux compétiteurs" évolue ! Bienvenue à la rubrique "Au cœur du jeu" qui, chaque mois, mettra en valeur un joueur qui s'est particulièrement distingué sur le circuit professionnel ou amateur, un coach, un club ou encore un métier du tennis, toujours dans un but de vous aider à progresser et vous emmener avec nous dans les coulisses de la compétition. Et pour cette première chronique, nous sommes partis à Lyon à la rencontre de Felix Balshaw (20 ans), qui s'illustre depuis plusieurs mois autant par sa progression que par son revers une main, ce coup en voie de raréfaction dont il aimerait devenir le porte-étendard.

Les inconditionnels du revers à une main ont été servis lors de la première édition du Grand Prix Auvergne-Rhône-Alpes. Dans le tableau final figuraient en effet quatre spécialistes du genre : Stan Wawrinka, qui a joué à Lyon son dernier tournoi en France, Lorenzo Musetti, Daniel Altmaier et… Felix Balshaw. Le jeune Français qui monte a encore fait sensation dans la Cité des Gaules où il a décroché, face à Jaime Faria, son premier succès sur le circuit principal, mais aussi son premier succès sur un joueur du top 100. A 20 ans, le voilà désormais installé dans l'antichambre du grand monde, lui qui avait débuté l'année hors du top 700.

Au-delà de sa progression exponentielle, marquée aussi par un premier titre en Challenger cet été à Manacor, le Biarrot d'origine anglaise se distingue par son histoire familiale – il est le fils de l'ancien rugbyman Ian Balshaw, sacré champion du monde avec l'Angleterre en 2003 – et par un superbe revers à une main qui lui a déjà valu quelques "highlights" sur Tennis TV, la chaîne digitale de l'ATP. Un joli clin d'œil : à l'heure où des prévisions alarmistes craignent de voir le revers à une main s'éteindre définitivement avec les générations futures, Felix, lui, veut au contraire le réhabiliter.

"C'est vrai que, si l'on compare à il y a vingt ans, il n'y a plus beaucoup de revers à une main dans le top 100 et c'est un peu triste de voir ça, nous a-t-il expliqué à la LDCL Arena, après sa victoire contre Faria. Mais moi, justement, ça me motive encore plus. J'ai envie de garder cette beauté du tennis et de montrer à tout le monde que le revers à une main est encore bel et bien vivant. Et je crois que ça contribue à en faire une force chez moi."

En le voyant jouer, on constate en effet que son revers à une main est une véritable arme dans son jeu, peut-être même plus naturellement fluide que son coup droit. Mais il ne voit pas seulement dans ce coup une signature esthétique. Son ambition soulève aussi une question qui va bien au-delà de son seul cas : peut-on encore aujourd'hui conseiller à un jeune joueur d'adopter un revers à une main, malgré les difficultés que ce choix peut poser dans le tennis moderne, notamment face à puissance et à la vitesse du jeu ?

"Oui, bien sûr : si l'on voit qu'un joueur veut passer à une main, il ne faut surtout pas l'en priver. Mais il faut déjà regarder et essayer plusieurs choses avant, répond celui qui a lui-même adopté ce geste à l'âge de huit ans, sur les conseils de Rémy Feller, son premier coach au Biarritz Olympique. Si l'on voit que le geste à deux mains n'est pas fluide, s'il n'y a pas assez de relâchement, si la main gauche ne passe pas bien (dans le cas d'un droitier, Ndlr), alors il faut certainement l'encourager à passer à une main. C'était mon cas : si je suis passé à une main, pour être honnête, c'est parce que ma main gauche était complètement nulle !", sourit-il.

Un mal pour un bien, en quelque sorte, pour ce grand fan de Roger Federer qui voulait jouer à une main pour imiter son idole. Et qui rêve à son tour de devenir un ambassadeur de ce coup, à l'image de Stan Wawrinka avec lequel il s'est entraîné par le passé. Le Suisse, qui a d'ailleurs salué à Lyon son tennis "magnifique", est bien placé pour témoigner des écueils auxquels peuvent se heurter les joueurs au revers à une main. "Les conditions de jeu font que c'est devenu plus difficile, appuie celui qui prendra sa retraite à l'issue du tournoi de Bâle. Surtout, c'est plus handicapant quand on est jeune parce qu'on a moins de puissance et de stabilité. C'est pour cela que les entraîneurs ont moins tendance à l'enseigner."

Felix Balshaw a dû lui aussi surmonter les difficultés évoquées par Stan, et ce n'est pas un hasard s'il a mis du temps à crever l'écran. "C'est sûr qu'au début, je manquais de confiance, j'avais du mal musculairementt sur les balles hautes notamment sur terre battue, témoigne-t-il. Il m'a fallu quelques années et des milliers de frappe pour commencer à bien sentir mon geste, je dirais vers 12-13 ans. Avant, j'ai dû perdre pas mal de matches à cause de ça. Mais avec mon entraîneur, on regardait plus loin, on regardait là où j'en suis aujourd'hui. Et aujourd'hui, je dirais que c'est le coup sur lequel j'ai le plus de stabilité. Le revers à une main me permet, je pense, de toucher plus d'angles et de prendre la balle plus tôt qu'à deux mains."

Bonne nouvelle : le revers à une main présente donc aussi de réels atouts, une fois dépassées les difficultés de son apprentissage. Mais il comporte aussi des désavantages, en particulier en défense ou au retour de service, car il offre moins de possibilités de compensation quand le jeu va très vite. "A une main, si tu es un peu en retard, la balle t'échappe alors qu'à deux mains, tu peux la ramener avec ta deuxième main", précise Felix qui s'entraîne évidemment en conséquence, avec notamment "un travail spécifique autour de l'œil et de l'orientation des épaules."

On n'a rien sans rien. Choisir le revers à une main demande donc une certaine audace au départ, un investissement important dans les premières années et l'acceptation, sans doute, d'un développement moins rapide ou de difficultés dans certaines situations de jeu. Mais à cœur vaillant, rien d'impossible. Le parcours de Felix Balshaw rappelle qu'un geste moins répandu n'est pas pour autant condamné, surtout lorsqu'il bénéficie d'une telle cote de popularité. Cela ne signifie pas qu'il peut convenir à tous. Mais cela montre qu'il a peut-être encore de très beaux jours devant lui. Ce qui est une excellente nouvelle, en plus de celle de voir un nouveau joueur français frapper aux portes de l'élite.

© Grand Prix Auvergne-Rhône-Alpes