Comment (et pourquoi) la FFT est en train de remettre le mur au centre de la pédagogie
Rémi Bourrières
23 septembre 2026
Thomas Friant, coordonnateur de l'enseignement dans les clubs, nous explique comment la FFT est en train de repenser et revaloriser l'entraînement au mur, (re)devenu aujourd'hui l'un des piliers de la pédagogie Galaxie Tennis.
Il fut un temps où le mur de frappe était un élément incontournable du paysage. Et puis, avec les années, il a été un peu délaissé, voire abandonné. La FFT entend aujourd'hui lui redonner toute sa place, notamment dans le cadre de la Galaxie Tennis, le programme destiné aux enfants de 3 à 10 ans.
En quatre questions-clés, Thomas Friant, coordonnateur de l'enseignement dans les clubs, nous explique le travail pédagogique et logistique engagé par la FFT pour remettre le mur au cœur de la pratique, chez les enfants et même chez les adultes.
1) Pourquoi remettre le mur au centre de toutes les fondations ?
Parce qu'il est solide, stable et fiable, le mur fait l'unanimité, chez les joueurs comme chez les enseignants. "Et pourtant, il avait été un peu abandonné, en France et partout dans le monde, ce qui est un peu contradictoire", fait remarquer Thomas Friant, qui épaule aujourd'hui Walter Gouy - chef de projet École de Tennis depuis début 2023 - dans la mise en œuvre et l'optimisation de la Galaxie Tennis.
Aux côtés d'ateliers ludiques et de situations participatives, le mur occupe une place de choix dans ce programme Galaxie Tennis. Une approche dont les deux hommes ont pu mesurer l'efficacité dans le Comité du Val-d'Oise, où ils l'ont expérimentée pendant plusieurs années. Moïse Kouame, l'un des fleurons de ce système, en est un exemple concret.
"L'objectif initial du mur est d'augmenter considérablement le volume de jeu de tous les enfants, pas seulement les meilleurs, explique Thomas. Le cerveau a besoin d'une fréquence de frappe importante pour ancrer les apprentissages, et le mur est le meilleur outil pour cela. Il permet également de faire jouer un plus grand nombre d’enfants aux niveaux hétérogènes. Il facilite ainsi la constitution des groupes tout en contribuant à l’équilibre économique de l’école de tennis."
2) Comment rendre l'entraînement au mur plus ludique et mieux ancré dans son temps ?
C'est tout l'objet du travail pédagogique mené par la FFT, à travers notamment le programme "Plus Fort que le Mur" qui propose des jeux très visuels et très ludiques permettant de progresser tout en s'amusant. Neuf jeux sont pour le moment référencés (vous pouvez les découvrir sur la page YouTube de la FFT en cliquant ici, ici et là), répartis autour de trois grandes familles : le jeu avec rebond (fond de court), le jeu sans rebond (volée) et l'entame de point (service, retour).
"Pour chaque jeu, il y a un objectif à atteindre, ce qui permet aux enfants de voir concrètement leurs progrès, développe Thomas Friant. Les règles sont les mêmes pour tous mais, comme dans un jeu vidéo, le niveau de difficulté monte selon l'âge et les compétences grâce à une graduation de la difficulté : distance par rapport au mur, mais aussi capacité de l’enfant à se déplacer latéralement ou en profondeur."
Quel enfant passionné de tennis n'a jamais joué Roland-Garros sur sa porte de garage ou sur les murs de sa maison ? Le programme "Plus Fort que le Mur" permet – en toute sécurité ! – de créer un lien entre ces rêves d'enfant et les besoins de l'apprentissage. Un concept unique, testé et validé par Richard Gasquet dans le cadre de sa formation au Diplôme d'État.
"Richard, qui a lui-même passé des milliers d'heures au mur, nous a dit que nous avions traduit de manière explicite ce qu'il faisait instinctivement, quand il était petit", rapporte Thomas. À travers ce que l'on met en place pour les enfants, il voit beaucoup de similitudes avec des choses qu'il retrouvait à haut niveau."
© Clément Mahoudeau / FFT
Paul-Henri Mathieu, ancien 12e mondial, face au mur !
3) En quoi le mur est-il bénéfique aux enfants ?
Les bénéfices de l'entraînement au mur, que nous avions abordés en détail lors d'une précédente chronique, dépassent largement le seul cadre technique. Les enfants (et même les adultes) se laissent rapidement absorber par ce partenaire particulier qui les incite à développer leur concentration et leur autonomie.
"Le mur crée un mouvement permanent qui capte totalement l'attention des enfants, surtout quand ils ont un challenge à relever, précise le coordonnateur fédéral. À une époque où la sédentarité et les difficultés d'attention sont de vrais sujets, c'est particulièrement intéressant. Et les progrès sont souvent exponentiels."
En complément de l'enseignement technique traditionnel, "le mur permet d'apprendre à varier la vitesse, la direction, la hauteur, etc., poursuit-il. Les différentes graduations entraînent des adaptations au niveau du rythme, de l'amplitude gestuelle, du plan de frappe, de l'équilibre postural et, bien sûr, des déplacements. Progressivement, l'enfant acquiert une meilleure maîtrise globale de son corps et de sa raquette."
Avec cet avantage précieux : rendre les progrès immédiatement visibles. Une balle qui revient mieux, des échanges plus réguliers, un challenge relevé… Autant de petites victoires qui nourrissent la confiance en soi. Ce qui, on le sait, constitue l'un des moteurs les plus puissants du progrès. Au tennis, mais surtout dans la vie en général.
4) Comment répondre à cette demande croissante du mur ?
Le mouvement est désormais lancé. Dans les clubs, la pratique du mur se développe, avec notamment l'apparition de séances "100 % mur" proposées, en plus des séances classiques, dans le cadre du programme Galaxie et Galaxie Filles. Fort du succès constaté, le principe commence à être appliqué chez les adolescents et les adultes.
Alors que 5 850 murs sont recensés en France, la FFT doit répondre à cette demande croissante. Elle a ainsi initié puis contribué à l'élaboration d'un prototype de mur mobile gonflable, dont 200 exemplaires seront prochainement livrés dans les clubs. Parallèlement, en partenariat avec Lacoste, le projet "Croc' le Mur" permet de rénover et designer une dizaine de murs par an, en leur appliquant les mêmes codes et lignes pédagogiques que ceux développés pour les nouveaux murs mobiles.
"On constate aujourd'hui, grâce au développement du multi-raquettes, une affluence en forte hausse dans les clubs et, comme à l'époque où ils ont été construits, les murs permettent à tout le monde de jouer quand les terrains sont occupés, synthétise Thomas Friant. Aujourd'hui, cela prend encore plus de sens avec ce projet multi-raquettes, surtout avec le padel où il fait partie intégrante du jeu : le mur peut réunir nos disciplines et devenir un pilier central de la pédagogie de nos sports de raquette."
Un mur porteur, en quelque sorte, d'un projet qui tirera tout le monde vers le haut.




